lundi 13 septembre 2010

Je ne sais pas tenir un plan

Non, pas un planning. Tenir un planning, bien que ce ne soit pas mon fort dans la mesure où c'est de l'organisation et où je suis Bordelic-Girl, j'y arrive quand même plus ou moins.
Je parle de plans de romans, surtout.
C'est là tout le paradoxe : je ne peux pas écrire un roman sans disposer d'un plan au préalable, parce que partir sans savoir où l'on va, ça a beau marcher pour certains, c'est pour moi la certitude de ne jamais arriver. Une exception notable : Diane. Mais j'ai quand même mis six ans à boucler le premier jet. après avoir cru deux fois que je n'y arriverais pas. Je ne me risquerai donc certainement plus à me lancer de cette façon. Désormais, quand j'entame la rédaction d'un roman, je dispose au préalable d'un plan plus ou moins construit.
Et donc, je suis incapable de m'y tenir.

Tantôt des personnages supplémentaires s'installent dans l'intrigue, volant au passage une réplique phare de l'héroïne ou une scène de fesses du héros, tantôt des péripéties se retrouvent au mieux déplacées dans l'enchaînement, au pire remplacées par d'autres, tantôt une scène a lieu malgré tout, mais avec des enjeux et un déroulement fort différents de ce que j'avais prévu. Quoi qu'il arrive, le roman écrit ne raconte jamais tout à fait ce qu'en disaient les fichiers de préparation.

Alors, pourquoi ?
La plupart du temps, je me rends compte en écrivant que la suite telle que je l'ai prévue ne fonctionne pas. C'est une bonne raison de changer, d'ajuster en remplaçant une scène par une autre où en expliquant autrement telle ou telle action des héros.
D'autres fois, c'est juste de la faiblesse.
Un personnage introduit comme bouche-trou s'incruste parce que je l'aime bien, et du coup, je lui donne plus d'importance qu'il n'aurait dû en avoir.
Pire, il m'est arrivé de renoncer à tuer des personnages parce que je les aimais trop. Ça, c'est mal. Très mal.
À l'inverse, il m'est arrivé une fois de revenir sur un texte et de tuer les héros alors que ce n'était pas prévu, mais ça ne compte pas : c'était seulement un rêve.

Je suis une grande sentimentale, en fait.

7 commentaires:

  1. C'est un grand probème quand on est de nature à se créer un univers pendant des années : on a toujours peur de le détruire ... alors on en rajoute une couche

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  2. Je compatis avec la partie "a du mal à tuer les persos auxquels je tiens". Du coup, je me force. Eventuellement, je zigouille tout le monde comme ça il n'y a pas de jaloux. Et après je vais pleurer aux toilettes.

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  3. C'est marrant, je fonctionne à l'envers. Le premier jet est toujours sans plan et en live pur et simple (et n'arrive presque jamais à son terme, mais au moment où j'abandonne j'ai en tête ce que je veux faire et vers quoi je veux aller.)
    Pour le deuxième jet, je fais un plan et je reprends, réordonne, etc. parce que je n'arrive pas à garder toute la chronologie dans ma tête à tout moment.
    Sinon, mon principal problème avec le fait de tuer des héros est d'ordre narratif : c'est saborder un investissement lourd (y'a risque d'y perdre des lecteurs) et en plus poser une ambiance morbide et lourde. Deux risques de plomber le récit, donc faut vraiment que ça en vaille le coup.

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  4. "Et après je vais pleurer aux toilettes."

    Ah, toi aussi ?

    "Sinon, mon principal problème avec le fait de tuer des héros est d'ordre narratif : c'est saborder un investissement lourd (y'a risque d'y perdre des lecteurs) et en plus poser une ambiance morbide et lourde."

    Oui, fatalement, il faut qu'il y ait un intérêt narratif pour le faire. D'où le fait que je planifie les morts, quitte à jouer les mauviettes ensuite en décidant de sauver le personnage.

    Ce qui me rassure, c'est que je ne suis pas la seule : j'ai vu dernièrement un making-of où Russell T. Davies, un scénariste que j'apprécie beaucoup, confiait s'être fait traiter de "Gallois au cœur d'artichaut" parce qu'il sauvait un personnage dans la première version de son script.
    À l'écran, le bonhomme meurt dans d'atroces souffrances (avec un effet spécial assez kitsch).

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  5. C'est-y pas mignon tous ces auteurs qui aiment leur bébés les chérissent les engraissent pour éventuellement les zigouiller ensuite en se torturant l'âme. Ne vous mettez pas la rate au court-bouillon jeune gens ! Le vieux c... simple lecteur que je suis vous invite à lire où à relire les illustres feuilletonistes du XIXe, comme Féval, Ponson du Térail, voire Dumas qui trucidaient allègrement mais vous ressuscitaient tout aussi joyeusement un personnage pour peu que le besoin s'en fasse sentir en usant de coups de théâtre vigoureusement capillotractés. L'exemple vient d'en haut.

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  6. Je pleure aux toilettes aussi, quand je tue. Mais ça ne m'empêche pas de tuer (Et je ne ressuscite personne. Lambertine, au contraire de Paul féval, n'a pas de coeur...)

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  7. Ne vous inquiétez pas. Ça fait trente ans que j'essaye et je n'ai même pas commencé. Ne croyez pas, j'en ai du talent à revendre. Ce doit-être pour ça d'ailleurs. Que va-t'on y faire... Il faut bien manger, de temps à autre.

    Vous, vous y êtes déjà. Et bien, en plus. Alors, se plaindre de ne pas planniférer, c'est du vice.

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