mardi 7 décembre 2010

La Marque (Alain Le Bussy)

Alain Le Bussy nous a quittés en octobre dernier. J'ai donc fait connaissance avec son œuvre en commençant par son dernier roman, le tout sachant qu'il n'était plus de ce monde et que ce livre était un peu comme un testament (bien que son "vrai" dernier texte soit une nouvelle dans l'antho Il était 7 Fois chez Argemmios).


Alors, de quoi c'est-y donc que ça cause ?
D'un mec qui s'arrête pisser au bord de la route.
Si si si. En tout cas, c'est l'événement déclencheur, car ce faisant, il est témoin de la mort d'une femme renversée par une voiture, et se met dans le pétrin en assistant à ses derniers instants. Comme dirait l'autre, à partir de là, tout s'enchaîne, dans une intrigue "fantastique old-school" où l'indicible guette sous les oripeaux les plus ordinaires.

L'écriture est agréable, le rythme soutenu bien comme il faut, on ne s'ennuie pas une seconde.
Pourtant, je suis sortie de ma lecture avec une impression mitigée.
En gros, je pense que l'auteur a fait mieux, ou en tout cas, plus ambitieux, et que ce roman, présenté avec l'enthousiasme qu'on lui connaît par Aurélia Rojon, la patronne des éditions Mille Saisons, comme le manuscrit qu'elle attendait pour lancer en fanfare sa collection fantastique, n'est en fait qu'un pan mineur et sans envergure d'une œuvre en général plus savoureuse.

Ce qui me met le plus la puce à l'oreille, c'est qu'on est face à un cas d'école de Marysuisme par auto-insertion. Jugez plutôt :
Le narrateur s'appelle Alexandre Lebuis. C'est un écrivain belge d'une soixantaine d'années, pas très connu du grand public mais apprécié dans son milieu, qui vit avec sa femme près de Liège.
L'auteur s'appelait Alain Le Bussy. C'était un écrivain belge d'une soixantaine d'années, pas très connu du grand public mais apprécié dans son milieu, qui vivait avec sa femme près de Liège.
Je parie cent kopeks que Le Bussy était gaucher, comme son personnage (détail qui a son importance dans l'intrigue).
Venant d'un homme qui écrivait autant et suscitait une telle sympathie de la part des auteurs comme des éditeurs, impression confirmée par la maîtrise de la narration dont il fait preuve tout au long du texte, La Marque sent le "projet récréatif entre deux trucs plus chiadés, que je situe dans mon bled pour ne pas m'embêter à faire de la recherche".
Rien de péjoratif, hein. Je remarque, juste. Je crois qu'on en fait tous, des textes pour se vider la tête, et que certains d'entre eux sont même loin d'être mauvais. D'ailleurs, l'immersion est excellente, du fait de cette proximité avec la réalité. On s'y croit.

Mais on ne m'ôtera pas de la tête que La Marque est un roman réussi mais très mineur.
Et aussi que la plupart des protagonistes sont de vieux alcoolos (j'ai omis de compter le nombre de canons qu'ils prennent tout en menant l'enquête – en tout cas, c'est himalayen), mais ça n'a rien à voir.


La Marque
Un roman d'Alain Le Bussy
Éditions des Mille Saisons
18 euros

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire