vendredi 13 juin 2014

La juste longueur

Je le lis partout, sur les réseaux sociaux, les forums, voire au coin des blogs de lectrices : c'est trop dur d'arriver à la fin d'un roman, ou à la fin d'une saga, parce qu'on va être obligé de quitter des personnages que l'on aime comme des amis proches !
Euh...
Comment dire ?
Je n'ai jamais ressenti ça.
Quand j'arrive au bout, je lis d'autant plus avidement, parce que je veux savoir comment se termine l'histoire et dans quelle situation l'auteur laisse ses personnages à la fin. Je n'ai jamais l'impression d'être sur le point de perdre des amis : le temps narratif n'est pas le même. Après la dernière page, si je suis restée attachée à eux, je m'amuse à imaginer leur vie d'après, et même les morts ne sont pas vraiment partis puisque je peux relire quand je veux des passages où ils sont encore là.

Le fait est que "plus c'est long, plus c'est bon", même sans compter l'énormité grammaticale, est une maxime qui ne fonctionne pas en littérature. Un livre, ce n'est pas que des personnages que l'on aime (ou pas). C'est avant tout une intrigue, plus ou moins complexe, plus ou moins émaillée de péripéties, et en fonction de cette intrigue, chaque histoire aura une longueur "naturelle". Quelques pages, une novella, un petit roman, une saga en sept ou huit tomes... La "bonne" taille varie d'un extrême à l'autre, mais on ne fera jamais un roman en diluant une nouvelle, ni une saga en diluant un stand-alone. Ou alors, pas des bons.
Une des compétences essentielles d'un auteur consiste à donner sa juste place à l'intrigue. Même si on adore le héros et qu'on reprendrait bien quelques scènes où il regarde l'horizon les cheveux au vent, arrive un moment où plus long, c'est trop long. Les lecteurs ne s'y trompent pas, d'ailleurs, et c'est là tout le paradoxe : la même personne qui déplore la fin d'une saga arrivée "trop vite" (généralement, elle a juste la bonne longueur) saura voir quand un auteur tire trop sur la ficelle et repérer le tome de trop. Bref, rien de nouveau sous le soleil, on ne peut pas faire plaisir à tout le monde.

J'ai longtemps été dans l'excès inverse, à écrire du sec, à omettre des détails qui s'inscrivaient dans ma vision des scènes parce que j'avais du mal à me rendre compte de ce que le lecteur sentait ou pas. Les gens qui m'ont fait travailler ces dernières années m'ont aidé à corriger ce défaut. À vrai dire, j'en suis si bien revenue que mes derniers romans ont tendance à être trop longs à l'étape du premier jet ! Dès le début des corrections, je m'empresse de les amputer d'environ 10% de leur longueur, en rabotant moult scènes inutiles, descriptions sans fin et dialogues qui ne font rien avancer.
Ce n'est rien, encore. Il y a des auteurs qui coupent bien davantage.
La seule partie que j'ai tendance à allonger lors des réécritures, c'est... la fin ! J'ai encore plus envie d'arriver au bout de mes propres romans que de mes lectures, donc quand ça sent l'écurie, je vais au plus court, et je me fais taper sur les doigts derrière, parce que ça se dénoue trop vite, ou encore parce qu'il manque des informations concernant tel ou tel point d'intrigue. Il me reste une marge de progression à ce niveau, je le sais. En écriture, on n'a jamais fini d'apprendre.

Ce point mis à part, je préfèrerai toujours un texte qui se présente sous sa juste longueur, fût-ce une courte nouvelle (la nouvelle est souvent beaucoup plus percutante que le roman, d'ailleurs), à une histoire trop longue. Voilà pourquoi, dans l'ensemble, mes romans ne sont pas très longs. Pour écrire beaucoup, il faut que j'aie beaucoup à raconter...
Mais rassurez-vous, cela m'arrive.
Vous aurez, dans un avenir pas trop lointain, des pavés de ma plume à croquer de bon cœur.
Quand ? Euh...

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