lundi 19 octobre 2015

Le goût de réécrire

En ce moment, je consacre l'essentiel de mon temps d'écriture à la préparation de mon NaNoWriMo. Parfois laborieuse, la planification a aussi ses moments de grande fluidité, ces vagues où les éléments du puzzle se mettent en place sans accroc, et où on se dit que, oui, ça va le faire. La ligne narrative tient la route, les personnages prennent forme et une alchimie se crée entre eux. On frissonne par anticipation.
 
Le flocon créé avec mon titre. Je trouve qu'il colle bien à l'ambiance.
 
Cette phase où nous sommes nombreux, à travers la planète, à nous préparer, chacun à notre façon, à nous aligner sur les plots de départ, est l'occasion d'échanger avec d'autres auteurs. De ces discussions, il ressort que nous aimons tous ressentir cette excitation. Il y a un côté "compte à rebours" affolant et délicieux.
Et puis, à partir du 1er novembre, ce sera le sprint. Ou le marathon. Sans doute un peu des deux. La phase principale du processus, l'écriture à proprement parler.
Suivront les diverses phases d'édition, correction, réécriture, indispensables pour transformer le premier jet en roman abouti.
 
En discutant, justement, je me suis rendu compte que la plupart des autres auteurs redoutaient cette dernière phase.
Ce fut mon cas, autrefois : j'estimais avoir tout donné lors de l'écriture, et revenir dessus m'ennuyait, quand je n'avais pas carrément l'impression de dénaturer mon travail. Je m'y suis mise à reculons, voyant la réécriture comme une sorte de mal nécessaire.
Mais ça, c'était avant.
Je crois bien qu'à présent, l'édition est ma partie préférée du processus créatif.
 
Pourquoi ? J'y vois deux raisons.
 
1- C'est moins ardu qu'autrefois
Mon premier roman vraiment terminé, Et pour quelques gigahertz de plus..., a subi une bonne douzaine de réécritures, des ajouts de personnages, des suppressions de scènes, une reformulation massive de bon nombre de paragraphes, et j'en passe. Xavier Dollo, mon directeur d'ouvrage, a accompli un boulot pédagogique titanesque pour m'inculquer des règles de gestion narrative.
Mais par la même occasion, ce que j'ai appris sur ce roman m'a servi sur les suivants. Idem à chaque nouveau texte : je progresse en continu.
Ces nouveaux acquis profitent en amont : meilleure préparation, principes d'écriture intégrés dès le premier jet. Mes textes sont ainsi très "propres" dès le départ, et je m'en tire désormais avec quatre ou cinq versions maximum avant d'attaquer le travail éditorial. Plus de peaufinage, moins de gros ravalement.
 
2- C'est plus reposant que l'écriture
L'écriture est grisante quand elle est portée par un élan puissant. Cependant, il arrive que ledit élan se tarisse et que l'on doive alors, soit faire une pause (qui peut durer des années), soit avancer vaille que vaille, à coups de pied aux fesses.
Dans tous les cas, transformer un fichier vierge en premier jet complet nécessite un effort soutenu. Chaque mot doit s'arracher au néant, construire une route à partir de rien. C'est beau, c'est fort, mais c'est épuisant. Tous les ans, c'est pareil : le NaNoWriMo me laisse le cerveau vidé.
En comparaison, revenir sur un texte déjà écrit revient à refaire la déco d'une maison déjà construite. On améliore, on redresse, on coupe ici pour coller là. Quoi que l'on fasse, l'essentiel de la structure est déjà là, si bien que l'effort cérébral n'est pas le même.
 
Bref, la feignasse que je suis utilise la correction pour s'aérer la tête, quand l'écriture d'un premier jet s'apparente plus à une plongée en apnée. Quand on passe en mode "travail éditorial", mes éditeurs pourront d'ailleurs témoigner que je corrige très vite.
J'aime réécrire, voilà. Et si cela fait de moi une bête curieuse dans le paysage littéraire, ainsi soit-il.

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