mardi 9 mars 2010

Le chérisseur de têtes et autres pacotilles



Paris, 1871.
Le dénommé "Monsieur", comme beaucoup de monde, a ses lubies, en plus mystérieux parce que Monsieur n'est pas n'importe qui. Et sa grande lubie à lui, c'est de réunir régulièrement dans un hôtel à moitié en ruine un groupe de sept personnes, recrutées par ses soins et qu'il remplace dès qu'il y en a une qui déserte ou, le plus souvent, décède. Ce microcosme a pour nom Club Diogène, pour but la chasse à l'ennui par tous les moyens, politiquement incorrects si possibles, et pour règle principale l'interdiction de parler de sa "vraie" vie. Chacun se voit attribuer un surnom à son arrivée. C'est le seul nom sous lequel les autres le connaîtront.

Ce premier tome des aventures du Club Diogène regroupe onze nouvelles, qui ont pour héros, si l'on peut dire, les sept membres en activité dans la période 1871-1877.
En trois adjectifs et autant d'adverbes : carrément dégueulasses, positivement décadents, délicieusement méprisables.
Le Maréchal est un vieux cochon, D'Orville est vulgaire, Fédor aime la tripaille, Lison ne dit jamais non, Camille taquine la fée verte, Vayec noie sa dépression dans le stupre et Franklin est un geek avant l'heure. Bref, il n'y en a pas un pour rattraper l'autre. Égoïstes, méchants, fourbes, prêts à toutes les vilénies pour se distraire.
Et au final, on les aime bien quand même.

Face à eux, des tueurs en série qu'ils poursuivent non par souci de sauver des gens, mais pour le plaisir de la chasse. Des créatures d'outre-tombe aux desseins encore moins clairs que les leurs. Des aliénés dont les excès les rassurent quant à leur propre santé mentale. Parfois même, des adversaires plus forts qu'eux.

J'ai passé un excellent moment avec ce premier tome d'une série que ses auteurs, Stéphane Mouret et Jérôme Sorre, souhaitent mener au bout des sept tomes qu'ils ont planifiés. Leur but est d'amener leurs héros, ou au moins une partie d'entre eux, car il est clair que tous ne survivront pas si longtemps, aux portes de la Grande Guerre. Autant dire clairement que s'ils y vont, je les suivrai.
L'écriture pastiche avec une belle réussite les vrais classiques de la fin du dix-neuvième siècle, ce qui explique la présence du livre dans la collection Absinthes, Éthers, Opiums dédiée à cette période. Après avoir lu du Paul Féval il n'y a pas si longtemps, je n'étais pas dépaysée.

Bref, y'a bon !


Le chérisseur de têtes et autres pacotilles
(Le Club Diogène, 1871-1877)
par Jérôme Sorre et Stéphane Mouret
Éditions Malpertuis
18 euros

2 commentaires:

  1. Ca fait longtemps qu'un résumé et une revue d'un livre ne m'avait pas autant attiré, tiens !

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  2. Hello,

    ta critique correspond tout à fait à ce que j'ai ressenti à la lecture de ce recueil passionnant, bien qu'inégal d'une nouvelle à l'autre.
    J'en avais parlé aussi sur la Yozone...

    A.C. de Haenne

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