mercredi 14 avril 2010

Super-Héros ! (anthologie)

"Chez Parchemins & Traverses, le retard se construit jour après jour."

On ne relèvera jamais assez la justesse de cette maxime gracieusement offerte par l'ami Nicky. C'est ainsi que l'anthologie Super-Héros !, tant de fois annoncée, n'est finalement sortie qu'en février 2010.
Au point où on en était, on ne saurait donc m'en vouloir si je ne l'ai lue que quelques semaines plus tard.



Petit rappel du mode de fonctionnement de Parchemins & Traverses : c'est une structure de passionnés, qui prennent de leur temps pour éditer de façon totalement bénévole des anthologies thématiques de littérature de l'imaginaire. On a donc du mal à leur râler dessus à cause de leurs retards.
Mais ça veut dire aussi que les auteurs publiés ne sont pas rémunérés.
Nonobstant, il y a du beau monde au sommaire : Don Lorenjy (Laurent Gidon, l'auteur des Djeeb chez Mnémos), Jeanne-A Debats (multirécompensée pour sa novella La vieille Anglaise et le continent chez Griffe d'Encre)... et aussi, moins connus du public mais keupains quand même, de vrais morceaux de Nico Bally, Jacques Fuentealba, Olivier Boile...
La plupart des noms me sont au moins vaguement familiers, en fait.

Bon, bref.

La première impression, quand on a le livre en main, est très bonne. La maquette porte haut les couleurs de son thème, entre la cape fièrement arborée par le titre et les biographies des auteurs sur fond personnalisé selon qu'il s'agit d'un super-écrivain ou d'une super-écrivaine.
Belle couverture, chouette maquette. Certaines illustrations sont un peu limites techniquement, mais je n'aurais pas fait mieux, alors je referme mon camembert.

J'ai marché à fond dans certaines nouvelles, un peu moins dans d'autres, mais j'ai été conquise par la qualité d'écriture globale, et sur le fond, à aucun moment je ne me suis ennuyée (comme ça a pu m'arriver au cours d'autres lectures dernièrement). Je me suis juste parfois sentie paumée, dans un empire byzantin décadent envahi de mots savants, ou dans un monde abstrait où les "zéros" passent d'un royaume à l'autre en fonction des idées des scénaristes.
À côté de ça, quand Karim Berrouka nous pond un monde parallèle vaguement steampunk avec une planète éclatée en deux faces séparées par une zone de vide, ça passe tout seul. Question de talent ?

Donric, si tu lis ceci, sache qu'il y a de vrais morceaux de Rogue dans une des nouvelles. Sans dire son nom, fatalement, propriété intellectuelle oblige.

Au rayon des temporalités défavorables, entre l'écriture et la publication de la nouvelle d'Oliv sur les Thermopyles, 300 est passé par là, ce qui fait qu'on n'arrive plus à lire le texte autrement qu'en sépia avec des mecs en slip qui beuglent "Ahou !"

Et pour clore proprement le petit clash que j'ai eu avec Timothée Rey, oui, j'ai eu la méchanceté de relever une maladresse stylistique, mais non, je n'ai pas trouvé sa nouvelle mal écrite. Au contraire, elle est excellente. Et pour écrire l'histoire d'un super-héros marmotte sans tomber dans le ridicule ni plier du papier alu, à mon avis, il faut une belle dose de talent. Chapeau bas, grand chef.

Si vous êtes l'auteur d'une des nouvelles dont je n'ai pas parlé et que vous vous demandez si je l'ai passée sous silence par pudeur, pour ne pas vous froisser, dites-vous que non. Si j'avais eu du mal à dire de votre texte, je ne me serais pas gênée. Je suis chez moi, après tout.


Super-Héros !
Anthologie dirigée par Mickaël Fontayne et Timothée Rey
Éditions Parchemins & Traverses
20 euros

4 commentaires:

  1. En ce qui concerne Karim Berrouka,si j'en crois ce que j'ai pu lire de lui, je dirais : oui, question de talent.

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  2. On connaissait les styles maladroits, les bonnes idées mal exploitées, les personnages caricaturaux, les constructions bancales, et voilà qu'Olivier Boile invente les "temporalités défavorables". Quel talent!
    Sérieusement, j'ai écrit cette nouvelle en avril 2006, elle a été sélectionnée en octobre de la même année, et le film "300" est sorti début 2007... Si l'antho était parue dans le timing prévu, on serait tombés en plein dans le phénomène "This is Sparta", ce qui aurait été encore pire niveau "temporalité négative". Qu'on m'accuse d'écrire sur des sujets à la mode, je crois que c'est la pire critique qui pourrait m'atteindre en tant qu'auteur...
    Ceci dit, lire une nouvelle en ne pouvant se défaire de l'image de Gerard Butler en sous-vêtements de cuir, il y a pire, non?

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  3. "Qu'on m'accuse d'écrire sur des sujets à la mode, je crois que c'est la pire critique qui pourrait m'atteindre en tant qu'auteur..."

    Quelqu'un t'a accusé ?
    Si oui, quel vil paltoquet !

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  4. Merci pour cette fort sympathique fiche de lecture… et merci également de dire autant de bien de ma nouvelle :D

    Je préciserai néanmoins un petit point : je n'ai pas râlé parce que tu pointais une "maladresse" dans mon texte et que ma vanité ne l’a pas bien supporté (‘videmment, y a un zeste de ça, chuis pas un saint non plus), mais, plutôt et principalement, parce que ça a été la goutte de trop, en quelque sorte… Et du coup, Oph’, c’est tombé sur toi (à qui je ne veux que du bien, au demeurant). Certes, j’ai légèrement retroussé les babines sur mes crocs jaunis ; perso, cependant, je n’emploierai pas le mot "clash"… "clashillon" ou "clashounet", tout au plus... et je ne prends le temps de revenir brièvement sur ce sujet, ici, que dans la mesure où tu l’évoques dans ta chro.
    Pourquoi cette histoire de goutte de trop ? Je remarque, à mon grand dam, qu’une majorité de chroniques SFFF, ces dernières années, ne parlent plus tellement du fond ou du style, c’est-à-dire ne constituent plus même l’ébauche d’une critique littéraire (la situation était assez différente durant les décennies 1980 / 1990). D’une part, les chroniqueurs actuels ont une approche essentiellement subjective, et je dirais même "émotionnelle", qui tient lieu d’étude de fond – "ça j’ai ‘achement aimé, ça non, oh que non ! bouh !... et ça, ben, ça m’a rien fait, alors bof de chez bof, quoi" (bon, c’est un brin plus développé dans les billets en question, on compare aussi avec telle ou telle œuvre supposée marquante ou fondatrice, ça demeure malgré tout très souvent dans ce domaine-là, sans utiliser les outils, même très simplifiés, de l’analyse littéraire). D’autre part, ces chroniqueurs, en guise d’étude de style, ne se livrent trop souvent qu’à un relevé des erreurs dans les textes dont ils rendent compte, histoire de montrer qu’on ne la leur fait pas, qu’ils maîtrisent bien la langue, etc., sans que, la plupart du temps, ce relevé soit d’une pertinence frappante (voire d’une quelconque pertinence). En bref, le vocabulaire de l’analyse littéraire n’est utilisé que pour pointer des erreurs (ou ce qui est perçu comme tel). Je ne sais plus sur quel site je suis même tombé sur un type qui compilait des pages et des pages de fautes d’accord, de style, toussa, dans les bouquins qu’il chroniquait – c’en était ahurissant ! –, alors même que ses propres analyses étaient nazissimes (nan, je ne gagne pas de point Godwin, c’est juste un superlatif de "nazes"^^).
    Bien entendu, Oph’, je ne prétends certainement pas que tu donnes dans l’un ou l’autre de ces travers. Ton billet ci-dessus est même plutôt réussi (hé hé, dirais-je la même chose si l’antho se faisait allumer ? Qui peut le savoir ?). Et en fait, de toute manière, la pomme de discorde n’était pas même une chronique, juste un post que tu faisais sur un forum, post que je copie-colle pour mémoire :
    "À part ça, j'ai fini Pierrier tout à l'heure, j'ai beaucoup aimé, mais il y a quand même une tournure de phrase qui m'a fait grimacer : "augmenter crescendo", ce n'est pas un vilain pléonasme, par hasard, monsieur Rey ?"
    Pour conclure, donc, ce n’est pas tant que mon ego surdimensionné ait désagréablement été chatouillé par cette remarque… Ma réponse était avant tout liée à la (légère) exaspération de voir qu’encore une fois, ce qui avait été relevé, c’était la bourde. Et quasi exclusivement cela. Même si ton avis était par ailleurs positif.
    Tiens ? J’ai encore été un chouillas bavard…

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