lundi 12 juillet 2010

Djeeb le Chanceur (Laurent Gidon)

En retard, je suis en retard...
Le dernier roman de Laurent Gidon chez Mnémos, c'est Djeeb l'Encourseur, la suite. Le premier tome, Djeeb le Chanceur, est teeeellement 2009 !
Ben oui, mais moi, j'aime bien lire les romans dans l'ordre. Tant pis pour la tendance.


Quoiqu'il ait percé sur le tard dans le milieu de l'édition, Laurent Gidon, c'est un vrai chouette auteur : une superbe plume, et des textes dans lesquels il y a toujours des petites trouvailles qui font penser que s'il n'existait pas, il faudrait l'inventer. Il sévit, sous son vrai nom ou sous le pseudonyme à la fois génial et transparent de Don Lorenjy (Don Lo pour abréger), essentiellement chez Mnémos et Griffe d'Encre.
Humainement, pour ce que je sais de lui, c'est aussi un mec bien, ce qui n'était pas gagné d'avance : on peut tout à fait être un excellent écrivain doublé d'un triste sire. Don Lo, lui, est ouvert, amical, humain dans le meilleur sens du terme, et, euh... agréable à regarder, ce qui ne gâche rien.

Voilà pour l'auteur, passons au roman.

On admire déjà la superbe couverture, dont le sens s'éclaire dès les premières pages puisqu'elle illustre le tout début du roman. Cette passe entre deux falaises, avec ce brouillard qui se lève, colle au bouquin bien mieux que si on lui avait appliqué la nouvelle charte "fantasy" qui consiste à imposer un gros plan sur un personnage.
Le livre est beau, un peu grand, le papier superbement texturé. Quand on l'ouvre, on a la surprise de voir que c'est écrit gros : le texte est relativement court, il ne s'agira pas d'une loooongue lecture.
Et quand on attaque le premier chapitre, avant même d'entrer à Ambeliane, la ville où aura lieu l'action, on fait la connaissance du fameux Djeeb.

DJEEB SCORIOLIS

Race : humain
Classe : Barde niveau 12 / Roublard niveau 8
Alignement : Chaotique Neutre
Cheveux : noirs
Yeux : noirs

Force : 15
Constitution : 12
Dextérité : 18
Intelligence : 16
Sagesse : 8
Charisme : 20

Pouvoir spécial : très forte empathie, qu'une absence quasi-totale de scrupules permet d'utiliser à son avantage autant de fois que souhaité par le personnage (sur un test de Représentation si usage d'un objet de son sac à malices, sinon appliquer le bonus de Charisme).

Avec une fiche de personnage comme celle-ci, un héros pourrait facilement n'être qu'un grosbill insupportable de surpuissance. Djeeb, pourtant, réussit à se faire aimer du lecteur. Son amour du "beau geste", sa façon de placer l'esthétisme au sommet de son système de valeurs personnel, le relatif mépris de la vie humaine qui en découle, tout cela lui donne une fraîcheur appréciable. Ce type est capable de se mettre dans la mouise la plus noire, simplement parce que sur le moment, le geste a du panache. On comprend d'ailleurs pourquoi l'auteur a cru bon de le doter de tels dons artistiques, acrobatiques et même un peu martiaux : s'il n'était pas aussi fort, avec sa manie de chercher les ennuis, Djeeb n'aurait jamais survécu jusqu'aux portes d'Ambeliane et encore moins au-delà.

Or donc, dans ce roman pas très long ni très complexe, Djeeb Scoriolis relève un défi personnel : entrer à Ambeliane sans y être autorisé. La cité-état, sise au flanc d'un volcan qui semble être de type "hawaïen multichambres" (d'après ma compétence Vulcanologie niveau 1), profite en effet de son isolement géographique pour pratiquer une politique d'immigration très choisie, et l'arrivée de l'artiste rebelle met un bon coup de pied dans la fourmilière. En quelques jours, Djeeb s'offre le luxe d'ébranler les institutions, les rapports entre grandes familles, le coeur de ces dames et jusqu'à la ville elle-même. Fallait pas lui interdire d'entrer.

Du point de vue de l'écriture, la langue très fleurie s'accorde à la personnalité du héros. Les descriptions sont dosées juste comme il faut, le rythme soutenu mais pas effréné, l'unique scène de fesses éhontément mangée par une ellipse entre deux chapitres (bouuuuh !) et la fin agréablement épique (et colégram... pardon, c'était plus fort que moi). Ça reste un petit roman, peut-être un peu trop linéaire, mais pour une fois qu'on a un héros de fantasy qui ne sauverait pas le monde si on le lui demandait, et qui d'ailleurs, ce coup-ci, fait plus de mal que de bien sans qu'on ait envie de le haïr, on ne boudera pas notre plaisir.

Je ne partirais peut-être pas en vacances avec Djeeb Scoriolis (que voulez-vous, je tiens à la vie), mais Djeeb l'Encourseur partira en vacances avec moi.


Djeeb le Chanceur
Un roman de Laurent Gidon
Éditions Mnémos
19,50 euros

3 commentaires:

  1. Oph, je reste sans voix... ce qui prouve bien que Djeeb, ce n'est pas moi.
    Juste un mot : merci.
    Non, deux : encore !

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  2. De toute façon, toi, tu es Chaotique Bon. ;-)

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  3. moi ça m'a l'air pas mal à mon gout. Mais j'aimerais avoir un aperçu de l'encourseur avant de me jeter

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