lundi 20 décembre 2010

Métisse me hérisse (d'avance)

Extrait du catalogue de parution des éditions Orbit, filiale en France de Calmann-Lévy, mais surtout un gros acteur de la SFFF à l'international :


J'avoue que sur ce coup-là, mon sang n'a fait qu'un tour.

En cliquant sur l'aperçu ci-dessus, vous savez que vous verrez de la famapoil, certes un peu voilée par des éléments de décor stratégiquement disposés, mais de la famapoil quand même.

Qu'on s'amuse à aller chercher au Texas un roman de science-fantasy sauce bit-lit, alors qu'il y a plein de Français qui pourraient en pondre des tout pareils, ce n'est pas ça qui me choque : Orbit a, de base, vocation à publier des auteurs anglo-saxons. C'est clair, net, précis. On sait à quoi s'en tenir.

Ce qui me fout en belle grosse rogne kunu, c'est l'accumulation :
Moitié vampire, moitié mage – paie ton grosbill, mi-machin avec des pouvoirs de brute, mi-truc avec des pouvoirs de brute.
Paria – la quatrième de couv' en anglais explique que les sang-mêlés ne sont pas très bien vus. Cool, ça va donner à Sabina un vernis de conflit interne, comme ça, pas besoin de chercher à lui donner de l'épaisseur.
Assassin – OK, l'héroïne touche sa bille pour tout ce qui concerne le combat. Pas de faiblesse à espérer à ce niveau.
La guerre couve – youpi, un cas d'école de "tiraillée entre mes deux identités, mon Dieu je dois en trahir une" (du jamais vu, non, ma pauv' dame, ça n'a pas déjà été fait trouze mille fois).
Complots sanglants, secrets de famille – jusqu'ici, tout va bien.
Pouvoirs inattendus – ah, parce qu'en plus des aptitudes de ses deux races, Sabina va se découvrir encore d'autres pouvoirs cools ? Ça fait combien de points de Mary-Sue, ça ?
Toutes ensemble, elles pourraient bien être fatales à Sabina ! – alors ça, ça m'étonnerait, vu que la série Sabina Kane (parce qu'elle s'appelle Kane, forcément, c'est un des trois ou quatre patronymes dans lesquels on doit piocher pour avoir un héros dark et cool (*)) compte déjà trois volumes aux USA. Et puis virez-moi ce point d'exclamation, bordel de Dlul, c'est presque aussi nul que les points de suspension qui concluent trop de mauvaises quatrième de couv' !

On ajoutera qu'à voir les illustrations, Sabina est une rousse flamboyante, forcément très belle. Comment faire autrement ?

À quoi ça sert que tant d'auteurs se cassent la nénette à essayer de donner du relief à leurs histoires, de l'épaisseur à leurs personnages, de sortir un peu des éternels "clan Machin affronte clan Truc, que fera Bitonniau qui est moitié Machin moitié Truc ?"... si c'est pour qu'une grosse maison comme Orbit choisisse précisément de sortir des romans qui tombent dans ce schéma ? Et qui plus est, les présente de façon à leur donner l'air encore plus cliché qu'ils ne le sont en réalité ?
Si j'en crois les présentations en anglais, le roman n'est pas qu'un vieux ramassis de clichetons moisis, il y a des trucs sympas et originaux dedans ; c'est juste que la quatrième de couv' française préfère le recentrer en plein sur ses aspects les plus rebattus.

Alors, pourquoâââ ?
Parce que c'est ça qui marche, ma pauv' Lucette.
Ah oui, pas faux.

Monde de merde.


(*) En plus d'être le nom d'un ancien footballeur sénégalais, dont j'ai pas mal fréquenté la charmante épouse. Sont-ils eux aussi des héros dark et cools ?

9 commentaires:

  1. Je ne l'ai pas lu, mais ce n'est pas forcément mauvais, et on peut peut-être trouver de bonnes explications à tout ça.

    C'est vrai que moitié truc moitié machin, on se dit tout de suite que c'est une fille qui a été conçue pour être gros bill. Mais non : même s'il y a autant de types de vampires que de canons en utilisant (et encore), il est généralement accepté qu'on ne naît pas vampire. De plus, les mages veulent en général étudier le surnaturel (surtout quand c'est lié à l'immortalité), et les vampires ont tellement l'habitude d'être au sommet de la chaîne alimentaire qu'il est logique qu'il y ait conflit entre les deux factions. Et comme les vampires ont tendance à contaminer ceux contre qui ils se battent, Sabina est sûrement un exemple typique de la malheureuse victime prise dans les filets d'un monde désabusé ignorant la souffrance quotidienne de la discrimination de la différence du handicap. Plus qu'un gros bill, Sabina est une invitée de Ça Se Discute (il y a aussi la possibilité que ce soit un vampire qui ait voulu apprendre la magie, mais dans ce cas, il ne faut pas qu'elle s'étonne si tout le monde veut la tuer, si elle fait exprès de se mettre tout la population surnaturelle à dos).

    Car après tout, si un mage devenait aussi puissant par vampirisation, pourquoi tout le monde ne le fait pas ? Un vampire-mage est-il vraiment si puissant ? Qui nous dit qu'avant son agression, Sabina ne tirait pas du Soleil le pouvoir de faire pousser des aulx magiques à des fins religieuses ?

    Donc, Sabina est passée d'étudiante à sujet d'étude : il est assez logique qu'elle prenne ses distances avec ses anciens collègues si l'autoautopsie ne fait pas partie de ses loisirs. Comme les cryptes ne sont pas construites en respectant le feng shui magique, elle ne va pas non plus se mêler aux vampires et elle aimerait donc bien emménager dans un petit appart du quartier mage de Little Transylvany. Mais comme il y a cinquante vampirisations de mages par nuit dans la ville, le coût de l'immobilier a explosé dans le quartier et elle se retrouve donc à la rue.

    Elle va donc rejoindre un groupe de parias qui l'acceptera. A priori, la catégorie socio-professionnelle la plus touchée par les troubles vampiro-sanguins sont les chasseurs de vampires, qui ont donc quelques techniques de combat à lui apprendre.

    Comme elle a dû fuir son passé de mage, il serait étonnant qu'elle retourne infiltrer l'école de magie, son contrat est donc probablement un vampire ancien. Pour les pouvoirs inattendus, ça peut tout à fait être le terrible pouvoir d'apparition de tartes à la crème (conséquence classique de la faim chez un mage qui n'a pas reçu sa dose de sang quotidienne), ce n'est donc pas forcément grobillisant.

    En résumé, rien dans cette quatrième de couverture n'indique qu'on est en présence d'une Mary-Sue (et les premières de couverture sont connues pour enjoliver la réalité) : c'est juste l'histoire classique d'un mage-vampire essayant de boucler ses fins de mois comme il y en a tant.

    C'est pourquoi ce livre ne présente aucune originalité et ne sert à rien : ne l'achetez pas.

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  2. Arrête, tu me donnes envie d'écrire vraiment l'histoire d'un mage vampirisé (et non "mi-vampire mi-mage", terminologie qui indique clairement la nature hybride du personnage) vu sous un angle social.
    Et ça, vu le nombre de projets que j'ai déjà sous le coude, c'est maaal.

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  3. ça manque de Druide Loup-Garou (tiens, d'ailleurs je l'ai fait, ça) pour donner un petit cachet écolo.

    Pour l'aspect social de la vampirisation, j'avais moi même envisagée les prémices d'une vague idée d'historiette sur ce que pourrais vivre un "vrai" vampire adolescent : bouton sur la gueule et pucelage pour l'éternité, et la précarité (aller travailler et donc avoir de l'argent quand vous ressemblez à un collégien et qui ne peut bosser que la nuit).

    Sinon, niveau grobillitude, j'ai osé dans ma jeunesse le vampire albinos assassin-prêtre. Yeah. Tant qu'à faire un truc, autant le faire à fond !

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  4. J'ai quinze fois pire à une table du Monde des Ténèbres... Un perso qui a bien dix ans de jeu et personne ne sait ce que c'est, au juste.
    Les loups-garou le craignent. Les vampires aussi. Il a des potes dans ces deux clans, plus au moins une mage.
    Il est probablement richissime et se balade avec un tigre géant comme toutou.
    Ah, et ma jeune vampirette a vu son aura. C'est celle d'un mythe : un humain normal.

    Qui dit mieux ? ^^

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  5. Au contraire, tel que tu me le décris, il est génial, ce personnage !

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  6. est ce bien pire que le garçon de ferme qui devient chevalier, roi ou encore mage superpuissant malgré lui ? Parce que ce bouseux peut lui aussi sauver le monde, découvrir qu'il est l'élu de LA prophétie, être attiré par le côté sombre, apprendre la complexe réalité sur sa naissance (oui parce qu'en fait son père est un semi dieu du mal) ... Donc je suis pas sur qu'en terme de connerie on fasse bien mieux aujourd'hui en bit-lit qu'autrefois en fantasy.

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  7. Ce n'est pas mieux, ni pire. Ce qui m'embête vraiment dans cette histoire, c'est de voir qu'on axe toute une promotion sur les éléments les moins originaux d'un roman, quitte à donner l'impression qu'il n'est constitué que d'une succession de clichés.

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  8. Question con : un ecclésiastique archiviste appartenant à l'ordre religieux policier d'un régime théocratique néo-médiéval, qui les trahit pour obéir à une pulsion suicidaire et qui devient un troufion standard au sein de l'armée adverse (tout en acquérant des pouvoirs parapsy après s'être fait torturé par ses anciens maîtres), c'est cliché ?
    Le héros a un nom très dark ("Marcus Tenebrus") et un look d'albinos, mais c'est très commun au sein de sa société.

    ... c'est très grossièrement la trame du seul roman que j'ai pu terminer... ^^

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  9. J'ai googlé l'auteure, et je me suis bien amusé à lire les résumés de ses trois bouquins. C'est pas possible qu'elle n'ait pas joué à World of Darkness dans ses jeunes années de rebelle-gotho-punkette. Ca me donnerait presque envie de la lire, pour rire.

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