mardi 19 avril 2011

Blaguàparts (Don Lorenjy)

Un de mes bouquins préférés de l'année 2010 tous formats confondus, Blaguàparts est pourtant resté sans chronique en ces pages pendant près d'un an. Pourquoi ? Sans doute parce que j'imaginais naïvement que ce génial recueil de Don Lorenjy n'avait pas besoin de moi pour se faire une réputation.
Il s'avère au contraire que le livre s'est très mal vendu.
Et c'est une erreur.
Donc je répare la mienne, d'erreur, des fois que ça change un peu la donne.


Don Lorenjy est un paradoxe drapé d'oxymore : dépressif à la blague facile, idéaliste pessimiste, pacifiste toujours prêt à en découdre, il semble n'avoir qu'une seule constante, la maîtrise de ses mots. Le reste fluctue tout autour. Même moi. Je l'adore sans modération 90% du temps, et puis il y a un jour sur dix où il m'énerve bien comme il faut.
Un gars très vivant, quoi.
Son recueil, paru en 2010 chez Griffe d'Encre, c'est tout lui. Seize nouvelles qui réussissent le tour de force d'aborder avec humour et tendresse un monde cruel et cynique, et qui, en plus, se paient le luxe d'avoir inspiré à Karim Berrouka la meilleure quatrième de couverture de tous les temps :

« Top, c’est parti. Je suis un recueil de 16 nouvelles où la réalité est mise à mal, où le futur comme le passé se prennent quelques séries de baffes monumentales. Je voyage dans l’espace sous forme de cube, sous forme de navette déglinguée, j’ai des potes commandos des frontières de l’infini, d’autres qui ont le tentacule facile. J’aime les enfants, j’aime pas les hôpitaux, j’entends des voix, je chante le Canto-Pilote électrique. Quand j’ai créé le monde j’étais un concept, quand je l’ai vu disparaître j’avais des cors aux pieds. Je suis… Je suis…
Blaguàparts, de Don Lorenjy !
— Bravo, vous gagnez une trottinette. »

C'est sûr, l'entrée en matière a effrayé ma pauvre maman sans espoir de rémission : pensez donc, une nouvelle qui annonce sans prendre de gants (ou alors, des gantelets cloutés) que changer d'identité ne vous protège ni de vos créanciers, ni – pire ! – de la pub... De la part d'un publicitaire, c'était couillu, d'ailleurs, de suggérer que la seconde pouvait être pire que les premiers.
Ce jour-là, j'ai compris qu'un livre auquel j'adhérais dès les premières pages n'était pas pour autant à mettre entre toutes les mains.

Ensuite... Eh bien, le recueil prend sa vitesse de croisière, alternant un petit "fix-up" mettant en scène un commando de bras cassés de l'espace avec des nouvelles qui n'ont rien à voir, ou si peu. On y rencontre des aliens plus ou moins sympathiques qui nous renvoient nos propres défauts bien droit dans la figure, on y apprend que la véritable allure du monde nous rendrait fou si nous pouvions la voir, on assiste à la naissance d'un univers, puis à la fin pitoyable de l'humanité. On voyage dans l'imaginaire de Don Lo, drôle et tendre comme je le disais plus haut, mais surtout pas naïf, qui nous peint avec le sourire un portrait plutôt noir de ce que nous sommes.

Si vous êtes passés à côté de Blaguàparts, si la couverture de Zariel (à l'époque en plein dans sa période "poulpes") vous a fait peur, n'hésitez pas à vous rattraper.
Ç'aurait été mon grand coup de coeur littéraire de l'année 2010 si Des nouvelles du Tibbar, de Timothée Rey, n'était pas passé par là.
Bref, pas le genre de bouquin qui mérite un échec commercial retentissant.
Lisez Blaguàparts.
Vite.


Blaguàparts
Un recueil de nouvelles de Don Lorenjy
Éditions Griffe d'Encre
15 euros

5 commentaires:

  1. Le gros "0 commentaires" en bas de ta chronique me plaisait tellement que j'ai hésité un moment à le briser pour te remercier. Mais comme je suis dans un jour 10% énervant bien comme il faut, voilà, je brise.
    Merci.
    Pour Griffe d'Encre aussi, qui ne mérite pas cet échec (c'est la première fois qu'on ne me signale aucune coquille sur un livre).

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  2. Au contraire, pour le coup et pour ce "merci" si rapide, tu tombes en plein dans les neuf jours sur dix où je t'adore.
    (insérez ici plein de petits cœurs et une bonne dose de sucre)

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  3. Ça m'a l'air intéressant, d'autant plus que j'aime bien l'auteur, je lui ménage une place dans ma liste de livres à lire.

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  4. Zut. Du coup on aurait dû prendre celui-là au lieu du premier Djeeb (que je lis en ce moment, et c'est chouette)
    *maudit la taille de la pile à lire*

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  5. Meu non meu non.
    Ce qu'il fallait, c'était prendre les deux. ;-)

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