lundi 4 juillet 2011

La Mort et quelques amis s'invitent chez le club Diogène (Jérôme Sorre et Stéphane Mouret)

Mes sept décadents préférés sont de retour, et ô joie, ils n'ont ni perdu en insolence, ni gagné en altruisme.


Le Maréchal, Fédor, Lison, D'Orville, Vayec, Franklin, Camille. Sept individus qui n'auraient jamais dû se connaître.
Le mystérieux Monsieur, riche, influent et pas tout à fait humain, met à leur disposition la suite 52 d'un hôtel miteux où ils sont libres d'aller tromper leur ennui comme bon leur semble, à deux conditions essentielles : ne rien chercher à savoir de la "vraie vie" des autres, et répondre à ses convocations lorsqu'il leur en envoie.

Autant dire que l'on ne risque pas de croiser Mycroft Holmes dans ce club Diogène-ci, bien plus crasseux et glauque que son homonyme londonien.
Lors de cette nouvelle série d'aventures réparties entre 1878 et 1885, les sept héros du pauvre vont chasser du revenant, fracasser du crâne, finir plus d'une course-poursuite dans les alcôves d'une maison close, y forniquer à l'occasion, découvrir que comme tout bon sentaï, ils ont un striker... et enfin, perdre un de leurs membres. Joyeux Noël.
Rien d'étonnant à ce dernier point : il n'y avait eu aucun changement dans la composition du club depuis une quinzaine d'années et l'évolution des personnages montre bien qu'ils n'ont plus la fraîcheur des débuts. Les jeunots Franklin et Vayec sont devenus des trentenaires pas si fringants. Le premier, libéré du joug de sa mère, se calme un peu sur sa tendance au cosplay Quatrième Docteur (comprendre : il se prend moins les pieds dans l'écharpe tricotée par Maman) et montre que même le gentil de la bande a ses mauvais moments. Quant au second, pétri de spleen et d'addictions, il se la joue Dame aux Camélias sur la fin. Mauvais présage pour son espérance de vie.
Quoi qu'il en soit, on s'attend à ce que le troisième volume des aventures du club Diogène s'ouvre sur l'arrivée du nouveau septième membre. Monsieur y tient, les Diogènes doivent être sept.

Il y a des nouvelles plus passionnantes que d'autres au sein de ce second opus. Par exemple, l'histoire de la Musarde a le malheur, sur un thème proche, de souffrir de la comparaison avec le Passage Éphémère d'Anne Goulard paru l'an dernier dans Pénombres.
À l'inverse, les tribulations du Maréchal en maison de retraite prennent un délicieux parfum de KND (dessin animé d'un surréalisme jubilatoire, soit dit en passant) avec une histoire d'affrontement entre un gang de gamins et une mafia de petits vieux.
Le style demeure un pastiche de la littérature de la fin du dix-neuvième siècle, réussi dans l'ensemble malgré la survenue occasionnelle de tournures de phrase plus modernes. Comme Jérôme Sorre et Stéphane Mouret ne sont pas payés à la ligne, ça ne feuilletonne pas trop non plus. Le rythme reste dynamique de bout en bout.

Bref, cela n'étonnera personne : malgré l'immoralité flagrante des personnages, que rien dans la narration ne vient juger (laissant sans doute entendre à quelques fâcheux que les auteurs les approuvent), j'aime toujours autant le club Diogène.
Quelles créatures rencontreront-ils donc la prochaine fois ?
Rappelons que les grandes lignes de leur chronologie sont déjà posées jusqu'en 1914...


La Mort et quelques amis s'invitent chez le club Diogène
Un recueil "fix-up" de Jérôme Sorre et Stéphane Mouret
Éditions Malpertuis
16 euros.

3 commentaires:

  1. il était très bien, mais je l'ai trouvé un peu en dessous du premier.
    en fait j'aurai aimé que l'histoire prenne une tournure plus policière.

    Au passage, les auteurs seraient ils rôlistes? parce que je trouve que ça serait très adapté pour un jdr: des missions isolées qui dégagent peu à peu une structure, les remplacements si un jouer faisait malencontreusement tuer son personnage...

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  2. Sept PJ, ça fait beaucoup pour une tablée, quand même. ;-)

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  3. certes, à ce niveau là il faudrait aménager un peu. Mais pour le reste...il n'y a même pas à imaginer l'historique complet de ses personnages: les autres joueurs ne sont pas sensé savoir.

    En réalité ce qui m'amène à cette réflexion, c'est plus le grand détachement des personnage par rapport aux évènements, comme s'ils étaient des joueurs qui profitent des histoires du MJ plutôt que des personnes confrontées à des évènements horribles. Malgré leur spleen et leur accoutumance, ça n'est pas très commun...
    enfin cette impression n'engage que moi.

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