vendredi 8 juillet 2011

Truc à la con du vendredi : le plan en sept parties

En matière d'écriture comme de pas mal de choses, je suis capable d'adopter deux attitudes face aux recettes toutes faites :
  1. Les rejeter en bloc, parce que je n'aime pas qu'on m'impose une structure.
  2. Les suivre, mais en les adaptant à ma sauce.
Bref, les méthodes d'écriture, j'ai du mal.
J'ai essayé la méthode du flocon, censément constituée de dix étapes dont la dernière est facultative. J'ai lâché à six et demi parce que je n'en pouvais plus.
Autant dire que me conformer aux règles des trois actes, des quatre boîtes, de la dramaturgie, même pas en rêve. Chez moi, un document de préparation, c'est un fichier texte pour une nouvelle (quand il existe), un fichier Word pour un roman (parce que les sauts de page et le gras, c'est pratique au-delà d'un certain volume), dans lequel je jette mes idées sans ordre précis, et qui peut se contredire lui-même parce que je n'efface pas les anciennes hypothèses au fur et à mesure que je les remplace.
Le résultat empile joyeusement les profils de personnages, les événements, des extraits de recherches (pouvant concerner des sujets aussi divers que les loups, le kung-fu Shaolin du nord ou la campagne de Norvège de la Seconde Guerre Mondiale), des blagues ou des dialogues que je tiens à caser... Bref, c'est un foutoir complet, mais c'est mon foutoir, et moi, je m'y retrouve.

Au final, le seul semblant de structure dans lequel j'aime ranger tous ces éléments juste avant de lancer la rédaction, c'est le plan en sept parties.

Je l'ai trouvé sur les forums du NaNoWriMo, et il m'a servi à préparer les trois dernières éditions. D'ailleurs, il est spécifiquement calibré pour cet événement, puisque chacune des sept parties comporte une taille indicative, aboutissant à un total de 50000 mots.
  1. 5000 mots. Introduction, exposition. On présente le héros, qui il est, pourquoi il est tel qu'il est.
  2. 2000 mots. Événement catalyseur. On présente le second personnage principal.
  3. 9000 mots. Exploration de l'univers, avec d'autres personnages et des éléments d'information. Ça va toujours à peu près bien, mais on introduit le ou les ennemi(s).
  4. 18000 mots. Tout s'écroule ! L'histoire commence à dépasser les personnages. Des obstacles surviennent, on les surmonte, les choses empirent, répétez autant de fois que vous le voudrez (muahaha).
  5. 6000 mots. On révèle un enjeu plus important.
  6. 6000 mots. Les héros viennent à bout des obstacles. Il y a des révélations, les personnages évoluent.
  7. 6000 mots. On dénoue les derniers fils d'intrigue. Épilogue.

Simplissime. Il va de soi que la formule s'adapte surtout aux romans d'aventure et s'accommode mal des intrigues trop complexes (à moins de recourir à un découpage complètement àpeupréhistique, ce qui n'a guère d'intérêt). Cela dit, c'est bien le NaNoWriMo dont il est question ici, donc pas l'endroit où une personne normale ira écrire un pavé d'un million de signes.
Si l'on commence à s'aventurer dans des romans plus longs, ce sont évidemment les parties 4 et 5 qui vont s'allonger et se complexifier. À ce moment-là, le plan en sept parties risque de ne plus suffire.

Pour la petite histoire, ma version du plan a tendance à comporter une partie 1 plus courte et une partie 2 plus longue (catalyseur initial introduit plus tôt). Une intrigue qui tarde à se lancer, c'est un risque de paumer le lecteur dans le rayon de la librairie où il feuilletait les premières pages du roman.
Au-delà de ces basses considérations, il y a mon plaisir personnel : la vie quotidienne des héros est rarement trépidante avant le début de l'histoire.

Voici le début du plan utilisé pour Le Monde pour douze euros, ainsi que la taille résultante des parties :
1- Jaden Leo Smith (2037 mots)
Commencer par un teaser du point de vue soit d’Yvan-Thierry, soit d’Arnaud, culminant sur la mort de ce dernier, puis passer à Smith qui bosse dans son bar new-yorkais et qui force Jasmine à sortir parce qu’il la trouve trop pâlotte. La jeune fille n’est pas super contente qu’on critique son teint délicieusement blafard, mais apprécie quand même les attentions de son oncle.
2- Oriella Bianchi (4610 mots)
Le catalyseur pour elle, c’est quand on la fait venir à la morgue du Quai de la Rapée pour reconnaître le corps de son frère. Au début, elle croit à une blague (« allez, relève-toi, maintenant »), puis quand elle comprend qu’Arnaud est vraiment mort, elle fait une telle scène qu’on la met d’office en congé maladie pendant trois semaines.
Arnaud s’est fait tuer juste après avoir rendu visite à sa tante Denise, d’où une blague de très mauvais goût de la légiste qui va provoquer la crise de rage de sa sœur.
Le soir même, à New York, Jaden entend une conversation suspecte. Intrigué, il fait suivre des informations à Jasmine, qui va se faire un plaisir de lui confirmer qu’il existe une organisation internationale NAXOS susceptible de monter quelque chose. Il décide de prendre un billet d’avion pour Paris.
3- La rencontre (10763 mots)
Smith peine à rallier Paris depuis Roissy, car le RER B a débrayé suite à l’agression d’un agent de conduite. Il partage un taxi avec une femme qui en veut à son corps, et a bien du mal à arriver entier à destination.
Après avoir enterré son frère, Oriella demande des nouvelles de l’enquête à Vital, qui lui donne toutes les infos qu’il a et confirme que pour l’instant, la police n’a pas vraiment de piste. Désespérée, elle boit beaucoup trop.
Smith, qui est allé au restaurant avec François Mazot et sa femme, la voit dans la rue, alors qu’elle se fait importuner par une bande de types louches. Les deux artistes martiaux mettent les gars en fuite. Smith trouve ensuite l’adresse d’Oriella sur sa carte d’identité, la ramène chez elle, l’aide à vomir et la couche. Il se pose sur son canapé en attendant qu’elle se réveille et finit par s’endormir à son tour. Elle le trouve au matin, ils échangent leurs problèmes respectifs.
À l’occasion, Smith croise Chombier dans la cage d’escalier, le docteur Lalloz fait des blagues et Rudy Viranguin est porté disparu.
Au QG de NAXOS, Madame assiste à une démonstration de l’émetteur à ondes psy. Il doit y avoir moyen de caser une connerie ou deux.

Bref, ce système, j'ai beau l'aimer, je ne l'utilise pas toujours : un texte comme 180, qui s'articule sur un ensemble de 14 couplets et comporte donc 14 paires de chapitres, a vu ses éléments rangés directement dans les 28 boîtes correspondantes.

Il n'y a pas de recette absolue et c'est tant mieux.

2 commentaires:

  1. Comme tu le dis très bien, il n'y a pas de recette. Mais cette méthode a en tout cas le mérite de faire réfléchir, et vient de débloquer quelque chose dans ma tête concernant un écrit en cours très laborieux !
    Merci d'avoir fait tourner ! (Je n'ai vraiment pas le courage de fouiner dans les innombrables posts du nano-forum... Bouuh la paresseuse !)

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  2. Tiens, faut des plans pour écrire des histoires ? Bientôt on va me dire qu'il faut se relire, peaufiner un texte voire même écrire en français correct tant au niveau orthographique que typographique...

    Blague à part, c'est intéressant comme méthode/structure, "pour connaître". Ne serait-ce que pour enfreindre ces "règles" (ou les appliquer à la lettre, ça peut être rigolo aussi).

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