vendredi 17 février 2012

En direct de la table de travail

En guise de respiration entre deux chapitres de FDM, me voilà partie pour quelques jours sur un chantier bien plus petit. Nom de code : RM.
Attention, premier jet !

J’ai la bouche sèche, comme trop de lundis matins. Comme trop de matins tout court, d’ailleurs. Les coudes calés sur le parapet de pierre, le cerveau ouaté de l’intérieur, je me demande si j’ai fini de dessaouler ou si je me traîne encore à un gramme. Dans cet état, la vue sur Paris depuis le pont d’Austerlitz, j’avoue que je m’en carre un peu.
Avec les pluies de la semaine dernière, la Seine s’est chargée de boues qui lui donnent de faux airs de treillis camouflage, version Tempête du Désert.
Une péniche passe. La regarder d’en haut fait remonter sans prévenir un de ces souvenirs qu’aucune de mes murges n’a jamais su noyer. Cette vieille image, ce n’est pas avec ma gueule de bois que je vais pouvoir l’affronter, alors je la fuis. Je laisse tomber ma tête et le haut de mon corps avec, le front posé sur mes poignets, le nez effleurant la surface froide du parapet. Voilà, un petit nid. Je ne veux plus rien voir.
La main tiède sur ma nuque me rappelle soudain que je ne suis pas seule.
« Ça ne va pas, Güldem ? me demande Brigitte. Tu es malade ? »
Je secoue la tête. Mon visage frotte mes manches dans un sens puis dans l’autre.
« Non, ça va. Je repensais juste à Kev. »
Le rire perçant de Brigitte me vrille les oreilles.
« Encore ? Écoute, Gül, il faut que tu fasses quelque chose avant que ça ne te plombe un coup de trop. Je n’ai pas envie de te perdre. »
Sa main glisse le long de mon dos. Elle enlace fermement ma taille avant d’ajouter d’une voix plus basse, mais au ton impératif :
« Ton Kev, soit tu l’oublies une fois pour toutes, soit tu le retrouves. »

Petit jeu : reconnaît-on, à ce stade, de quel célèbre texte du XIXe siècle s'inspire ma nouvelle ?

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