jeudi 8 mars 2012

L'écriture en 30 questions : 3 & 4

Questions pour un Écrivaillon... la suite !

3- Comment décides-tu des noms de tes personnages (et des lieux s'ils sont fictionnels) ?
Le nom d'un personnage doit être cohérent avec ce qu'il est, qui il est, d'où il vient. Pas forcément avec son caractère, à moins qu'il ne s'agisse d'un alias ou autre nom de guerre.
S'il évolue dans un monde "réel", je lui choisirai un nom plausible suivant sa date et son lieu de naissance, ainsi que le profil de ses parents. Ainsi, Niklas Demosthenis, né en France de père grec et de mère suédoise, porte un prénom suédois à l'orthographe hellénisée (pour faciliter la transcription en Νικλἀς dans la famille paternelle).
Un personnage né en 1990 a des chances de s'appeler Kevin. Un autre né en 2003 a des chances de s'appeler Mathis. Les deux peuvent aussi bien s'appeler Thomas... ou Anastase. Ça dépend des parents.
Pas de corrélation nécessaire avec l'origine du nom de famille (pour ce dernier, ne pas hésiter à se référer au site des Pages Jaunes).

S'il s'agit d'un monde imaginaire, je détermine des règles de nommage pour chaque groupe ethnique, voire pour les classes sociales au sein d'un même peuple : en Esthuil, le petit peuple porte des noms très phonétiques (Borto, Irini, Laliz) tandis que la "bonne société" a des lettres muettes dans les siens (Shilane, Iolanthe, Marault).

Pour les noms de lieux, je trifouille soit des mots, soit des sonorités, jusqu'à ce que la "couleur" me convienne. Ninuraud, nom obtenu par déformation de mots chopés sur Google Trad Estonien, fait "ville de bouseux" et c'est exactement l'effet recherché. L'Auberge du Pont Blanc est sise à côté dudit pont, or les vieux hôtels ont rarement des noms très imaginatifs.
Lors de mon dernier séjour à la Réunion, j'ai prêté un peu plus d'attention aux noms de lieux : en raison du peuplement assez récent de l'île, ceux-ci ont été figés par l'administration bien plus tôt dans leur évolution. Ils permettent de mieux comprendre comment se construit un toponyme.

Pour corser le tout, je m'autorise souvent des crypto-références et autres crypto-jeux de mots, soit private jokes comme "Woody G. Gurusky" que son destinataire a su apprécier, soit internes au processus de nommage et donc à peu près impossibles à démêler : qui irait deviner que le prénom de Diane lui vient du mot "djinn" ? [*]

Précisons enfin que dans de nombreux cas, le nom, ou tout au moins le prénom, s'impose à moi très vite, dès la première esquisse du personnage.

4- Parle-nous d'une de tes premières histoires / d'un de tes premiers personnages !
Le Chant de la Mésange est un des tout premiers textes que j'ai terminés. À l'époque, je ne parlais pas de "fantasy", je voulais juste écrire un conte de fée qui me ressemble. J'avais 16-17 ans, si je me souviens bien. J'ai repris cette histoire plus tard, parce qu'elle était devenue le point de départ de mon premier univers de fantasy et que je voulais l'y intégrer de façon plus nette (et aussi améliorer le style lamentable, pendant que j'y étais [**]).
À Flerrey, capitale du royaume d'Alaurie, la petite Mésange, comme tous les nouveaux-nés, est présentée à la fontaine des Trois Sentiers (la cérémonie étant l'équivalent local du baptême). Fait rarissime, l'esprit résident des lieux, une dénommmée Violetta, se manifeste à cette occasion et prédit un grand avenir à la petite. Dix-sept ans plus tard, Mésange devenue une jolie jeune fille se révèle douée de magie onirique : dans une certaine mesure, ce qu'elle chante se réalise. Quand on vous dit que la magie onirique est une magie à la con ! Non seulement elle en est réduite à fredonner pour ne pas provoquer des catastrophes, mais son don fait peur aux gens. Plus de prétendants, à part un voisin veuf, vieux et laid.
Parallèlement, le roi Tristan est décédé et son fils Marc lui a succédé. Le mariage entre Marc et Gentiane est mal fichu, mal assorti, les deux parties sont malheureuses... Lorsque la jeune reine a vent du don de Mésange, elle la convoque et lui demande de convaincre son époux d'annuler le mariage, comme lui seul en a le pouvoir. Hélas, Mésange n'a aucune prise sur la volonté humaine, comme elle l'a elle-même constaté en tentant de pousser son voisin à renoncer aux fiançailles...
Bref, c'est le bordel. Mais tout le monde est heureux à la fin, et Marc épousera Mésange en secondes noces (événement à la suite duquel elle se découvrira un second pouvoir, moins chiant celui-là).

Mésange est une héroïne de conte de fée, calibre Peau d'Âne ou Gerda : elle veut choisir son destin, mais elle est encore bien jeune et il lui faut un coup de pouce pour obtenir ce qu'elle cherche. Son caractère s'affirmera avec le temps, puisqu'elle n'hésitera pas à dire zut aux coutumes royales lors de l'éducation de son dernier fils, puis à l'exfiltrer du palais pour qu'il ait, lui aussi, le droit de choisir sa vie.
Je crois qu'on retrouve un peu de Mésange dans Bodmaëlle.


[*] En fait, dans "Diane Michèle Adam", aucun nom ne sort du chapeau, les trois ont leur histoire, et aucune n'est glorieuse.
[**] Je viens de rouvrir le fichier remanié. Je saigne des yeux. Je ne veux même pas savoir comment c'était avant.

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