lundi 18 juin 2012

Des romans et des rôles

2012 :
Je termine la rédaction de Fils du Miroir, un roman de fantasy d'environ 500 000 signes (85 000 mots, nombre de pages variable, mais un beau bébé), second volet du diptyque Enfants des Transparences initié avec Fille des deux Rives, actuellement en recherche d'éditeur. Les deux romans mettent en scène Bodmaëlle Galliep, exorciste sapientiste créée en 2009 pour les besoins d'une nouvelle publiée dans le Piments & Muscade n°6, intitulée Au cœur de la sphère.
Dans ce premier texte (qui s'inscrit dans un monde imaginé encore quelques années plus tôt, mais passons), Bodmaëlle n'était qu'un personnage secondaire. Pour ne pas me poser trop de questions, j'ai basé son apparence physique sur... la prêtresse de notre groupe, dans la campagne Pathfinder L'éveil des Seigneurs des Runes. Une Aasimar, soit dit en passant. Ce qui a influencé tout le background du personnage lorsque j'ai décidé de développer tout ça.

La ressemblance s'arrête là, puisque Bodmaëlle est aussi austère et pétrie de culpabilité que son modèle s'avère taquine et pleine d'humour.
Pourtant, si on gratte un peu, le lien n'est pas si ténu...

1988 :
J'ai neuf ans et demi, la classification officielle d'enfant "précoce" et une imagination fertile. Bref, je suis une grande fille. Mes parents m'envoient donc sans trop d'appréhension dans une colo de luxe, avec plein d'activités à la carte ou presque. Des jeux, du sport, des randonnées en montagne... et un atelier dessin.
À l'époque, j'adore gribouiller (et ce n'est pas parti pour changer, d'ailleurs). Je pose donc tout naturellement mes fesses autour de la table animée par Tien, dix-neuf ans si ma mémoire est bonne, fan de manga bien que ce ne soit pas encore la mode... et rôliste.
Il ne faut pas longtemps avant que le garçon ne sorte des fiches prétirées, des dés, et hop ! C'est parti pour l'aventure.

C'est génial, ce concept : on raconte une histoire à plusieurs, on écume des donjons, on parcourt le vide spatial, le tout sans bouger de nos chaises ! Pile ce qu'il me faut pour canaliser mon imagination dans quelque chose de constructif (et de clairement circonscrit, ce qui évite, quoi qu'en disent les fâcheux, de se prendre pour son personnage au premier degré – ou alors, c'est qu'on a un problème à la base).
En plus, pour moi qui déteste la compétition, c'est le rêve ! Enfin un jeu où l'on coopère pour gagner ensemble au lieu de se tirer la bourre...
Farah, mon tout premier personnage, à Star Wars : une orpheline de Tatooine, soigneuse du groupe, également la seule à manier le sabre laser après un stage chez une Jedi (vers la troisième séance).

1997 :
Un copain MJ m'invite à sa table de L'appel de Cthulhu. Je découvre ce monde, ignorant tout de Lovecraft, mais je sais ce qu'est un jeu de rôles et j'entre vite dans l'ambiance. Mon personnage, Véra, devient vite injouable faute de santé mentale... rien que du classique.
Avec d'autres copains, dont un MJ qui part dans d'étranges synesthésies passé une certaine heure ("Vous commencez à entendre une haleine fétide"), nous vivons d'improbables aventures dans un monde loufoque, avec les règles de Warhammer.
Et ainsi de suite.
Je pousse le vice jusqu'à faire jouer ma propre maman, lors d'une partie guère concluante puisque je suis une MJ lamentable, mais qui a le mérite de la rassurer : l'activité vise à surmonter ensemble des obstacles, par le biais de narration, de mise en situation et de quelques jets de dés. Pas à sacrifier des bébés à Bélial.


Cliquez sur l'image pour la voir en plus grand, ou cliquez ici pour aller sur la page Deviantart de Daïna, sa créatrice.

2004 :
J'intègre l'équipe de rédacteurs fous de l'Encyclopédie en ligne Naheulbeuk. Un monde créé par des rôlistes, pour des rôlistes, et par lequel j'aurai rencontré énormément de gens très bien...

Car c'est aussi ça, le jeu de rôles : un centre d'intérêt qui rapproche facilement ceux qui le partagent. Pour la grande timide que je suis, une table rôliste m'a plusieurs fois permis de faire connaissance avec des gens qui me côtoyaient, parfois depuis des années, sans me voir.
Mon groupe actuel se compose en grande partie de collègues, des gens à qui je disais bonjour le matin, avec qui je discutais avec joie à la machine à café, mais que je ne voyais jamais en-dehors des heures de bureau. Aujourd'hui, on se retrouve même sans le prétexte d'une partie, on se babysitte mutuellement les enfants...
Nos aînés ont d'ailleurs eu droit à leur partie-découverte avec D&D4, un jeu facile à prendre en main.

Mais revenons à nos romans :
Avant Tien et son petit coup de pouce, mes incursions dans l'écriture (j'essayais déjà, j'étais "précoce") se limitaient à plagier le dernier bouquin que j'avais lu. Sans cette parenthèse estivale, je ne sais pas si j'aurais eu un jour l'idée d'explorer l'imaginaire et mes propres univers.
Ce que je sais, en revanche, c'est que sans mon rapport au jeu de rôles, je ne me serais pas intéressée à Naheulbeuk, et je n'aurais pas rencontré, au sein de la Naheulsphère, les gens qui m'ont donné confiance en mon écriture.

Bref, Farah est un peu l'arrière-grand-mère de Bodmaëlle.

Je ne suis pas la seule à reconnaître un lien étroit entre le jeu de rôles et l'écriture. Le sujet a d'ailleurs été abordé cette année au festival Zone Franche, lors d'une conférence que vous pouvez écouter en cliquant ici.

Si ça vous intéresse, en cliquant là, vous pourrez lire tout plein d'autres témoignages de rôlistes.

2 commentaires:

  1. Ça me fait toujours quelque chose de lire les parcours des autres. Neuf ans et demi, tu dois battre un certain nombre de grands anciens de ma connaissance, dis-moi =)

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    1. Boh, ce qui compte, c'est plutôt la date : 1988.
      Bien après les découvertes des vieux routards de la boîte rouge.

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