mercredi 24 juillet 2013

Perdre ce que l'on n'a jamais eu

Pourquoi ces larmes ?
Pourquoi cette tristesse aussi soudaine qu'absolue ?
Pourquoi ce vide béant dans mon cœur, alors que ce matin même, il n'y avait rien à cet endroit ?
C'est que ce matin, nous ne l'avions pas rencontré... Petit bonhomme à pics, mal en point sur la route, déplacé dans notre jardin parce que, même mourant, se faire écraser par une voiture, ce n'est pas une bonne façon d'en finir.
Nous savions qu'il y avait peu de chances pour que cette histoire connaisse une issue heureuse.
Et pourtant, en rentrant du bureau, j'avais de l'espoir.
En déplaçant la pauvre créature dans une chambre pour la mettre à l'abri de la pluie, j'avais de l'espoir.
En montant la voir toutes les dix minutes, j'avais toujours de l'espoir.
Et puis la respiration s'est affaiblie, il y a eu un petit spasme, et puis plus rien. Juste là, sous mes yeux. Comme si le malheureux avait attendu que je sois auprès de lui pour se laisser partir.
En le prenant pour l'envelopper dans un bandana en guise de linceul, je croyais encore un peu au miracle. J'ai vite déchanté. Je pouvais déjà citer le bruit le plus atroce du monde : le "plof" d'une rose qui tombe sur un cercueil. Je connais désormais la sensation tactile qui va avec : un corps sans vie qui s'affaisse comme si on ne portait qu'un chiffon tout mou.
Je l'ai enterré dans le jardin. Il retournera à la terre tout doucement.

Tout cela n'est que la fin logique d'une aventure qui avait mal commencé, et pourtant, je pleure pour cet animal que je ne connaissais que depuis quelques heures, cet animal qui, quoi qu'il arrive, ne serait jamais devenu un compagnon pour nous.
Cet animal qui, au fil de mes souvenirs, restera toujours le hérisson que je n'ai pas pu sauver.

Sur cette photo, il avait encore l'ombre d'un souffle, et un gros quart d'heure à vivre.

Pourquoi ressent-on avec tant de force la perte d'un être qui n'a jamais vraiment fait partie de notre vie ? Est-ce l'échec d'un geste que l'on espérait salvateur ? Le fil coupé d'une jeune vie aux multiples avenirs possibles ?
Les chats, eux, ont juste vu qu'ils recevaient une double ration de pâtée. Heureux félins.

6 commentaires:

  1. On espère toujours... jusqu'à la dernière minute... jusqu'au dernier souffle...

    RépondreSupprimer
  2. Et pourquoi tu recommenceras cette "connerie" encore et encore ? Parce que tu n'es pas égoïste et que tu n'aimes pas la souffrance. Combien de gens ont/seraient passés à côté sans le voir comme autre chose qu'un déchet ?

    Atsap

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Si c'était à refaire, je n'hésiterais pas une seconde.

      Supprimer
    2. Je le sais, je me rappelle un convoyage de cochon d'Inde d'Epinal à Paris et des "menaces" de te le voler sur le quai de la gare ;)

      Atsap

      Supprimer
  3. Une si grande tristesse est simplement l'expression d'une grande et belle compassion, d'un immense amour de la vie, de savoir tout simplement donner sans attendre de retour. Et de croire que tant qu'il y a de la vie... Le geste est beau et se renouvellera, toujours. C'est ainsi.

    RépondreSupprimer
  4. Un hérisson dont tu as pu t'occuper que tu as pu enterrer, lui au moins n'aura pas eu la fin de tant d'autres de ses congénères : A plat sur une route .

    RépondreSupprimer