mardi 13 août 2013

Des noms !

Chez certains auteurs, l'étape consistant à trouver des noms pour les personnages ressemble à un cauchemar. Pas chez moi, heureusement.
J'ai un peu abordé la problématique du nommage l'an dernier, lors du relais "l'écriture en 30 questions". Aujourd'hui, je détaille davantage ma façon de procéder, qui n'engage que moi et n'invalide sûrement pas celles de mes camarades.

Un nom, c'est quoi pour un auteur ?
En général, ça se compose d'un prénom (voire de tous les prénoms quand on estime avoir besoin de les connaître) et d'un nom de famille. La règle peut différer dans des contextes SF ou fantasy, mais si le monde est proche du nôtre et hors cas d'adoption ou de changement patronymique :
  • Le nom de famille révèlera, au moins en partie, ses origines géographiques et/ou sociales, lointaines vu la date de fixation dudit nom.
  • Le prénom aura été choisi aux alentours de sa naissance par ses parents ou par des proches. Par ses sonorités, ses origines, sa rareté éventuelle, sa signification, il reflètera ce que ces gens projetaient dans l'enfant nouveau-né.
Bref, si on y réfléchit bien, un nom en dit davantage sur les parents d'un personnage que sur lui-même.

Ses parents l'ont appelée Nolwenn. Elle ne s'en est toujours pas remise.

Voilà pourquoi, contrairement à de nombreux auteurs, je n'adhère pas à la politique du "nom signifiant" (voir le trope "Meaningful Name" qui recense des milliers d'exemples). Faire coller la signification du nom à un trait de personnalité de celui qui le porte, c'est ma dernière préoccupation. Parfois, ça correspond, mais pas toujours, comme dans la vraie vie.
Soit le personnage arrive directement avec son nom sous le bras, ce qui arrive assez souvent pour les héros principaux, soit je me pose des questions du type : de quel milieu vient-il ? Porte-t-il forcément un nom de famille du coin, ou a-t-il des ancêtres qui viennent de (plus ou moins) loin ? Y a-t-il une tradition familiale, une personne à qui ses parents ont voulu rendre hommage ? Sont-ils du genre à choisir un prénom courant, ou au contraire un truc bien rare ? Ont-ils tapé dans l'exotique ou dans le régional ?
Les statistiques disponibles sur le Net sont mes amies dans ces cas-là.

Si le personnage est arrivé livré avec son prénom, les ennuis commencent : souvent, ça va. Parfois, en revanche, ça ne colle pas avec le background.
  • Cas 1 : j'arrive à trouver une justification. L'héroïne de mon prochain roman m'a métaphoriquement dit : "Bonjour, je m'appelle Lisha" (métaphoriquement parce que je ne suis pas de ces auteurs qui ont l'impression d'entendre parler leurs personnages). Pour une Réunionnaise du XIXème siècle, ça s'annonçait coton à intégrer... À partir du moment où j'ai posé ma Réunion alternative comme une colonie de Sa Gracieuse Majesté la Reine Victoria, le problème s'est résolu : Lisha devenait un diminutif (certes inhabituel) d'Elizabeth.
"Bonjour, je m'appelle Lisha." (allégorie)
  • Cas 2 : "désolée coco, mais tu vas devoir changer de nom". J'y arrive plus facilement pour les personnages secondaires qui sont moins fixés dans ma tête, mais dans un roman pas encore paru, un des principaux protagonistes y a eu droit deux fois, d'abord pour le prénom, ensuite pour le nom de famille.

L'origine du prénom n'est pas forcément raccord avec celle du nom. On le voit quotidiennement autour de nous, avec des gens dits "issus de l'immigration" qui portent des prénoms bien français, avec la mode des prénoms bretons ou italiens pour des enfants qui ne le sont pas du tout...
J'écris donc avec un postulat simple : ce n'est pas parti pour ralentir. Pour cette raison, les noms et prénoms des personnages du monde des Gigahertz forment un joyeux micmac d'origines variées, qui se poursuivra avec le deuxième roman de la série.
En plus de comporter un taux important de private-jokes.

Ce qui m'amène à un dernier aspect des noms : bien sûr que j'y planque des clins d’œil et autres crypto-références. Pas à tous les coups, mais ça fait partie du jeu, du plaisir d'écrire.
Dans L'Ouroboros d'argent, tacler d'un côté la propension des loups-garous à arborer des noms canins, et de l'autre, glisser ni vu ni connu un "canis" dans le nom de Thibault Canistel, c'est rigolo, non ?
Bon, peut-être pas.
Mais ça m'a amusée, sur le moment.

À part en fantasy ou pour des aliens, je n'invente presque jamais de noms. Le monde est assez vaste pour fournir de la variété. Il suffit de fouiner un peu !

9 commentaires:

  1. J'ai eu un cas marrant, récemment : l'éditeur m'a dit "va falloir changer le nom du héros, celui-ci n'est pas glamour". J'avais choisi le nom comme toi, en fait, en fonction du milieu socio-historique. Et on a bataillé dur sur le nom définitif, parce que celui qu'il me proposait était certes plus "clinquant" mais historiquement parlant, euuuuh... (au final j'ai eu recours à un subterfuge pour expliquer le dit nom). Sinon tu as aussi le cas des parents qui donnent un prénom avec une signification particulière à leur enfant, signification qui déteint sur la vision qu'ils ont de l'enfant et qui va donc influcencer la façon dont ils l'élèvent (exemple: la petite Victoria, sommée de l'emporter sur ses adversaires, ou la petite Cybèle, petite princesse de sa maman...) Ou le cas des prénoms qui passent très mal la traduction (comme Fifi Brindacier, dont le nom d'origine est Pippi Longstrump...)

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  2. Je suis d'accord avec toi : le nom parle plus des parents que de la personne que le porte. D'ailleurs, dans mes histoires, parfois les parents sont tellement à côté de la plaque, que les enfants prennent des surnoms, ça me paraissait plus crédible. (Genre, Judith qui déteste son prénom et se fait appeler Pol parce que c'est le diminutif de Pologne.)
    Quant à mes métamorphes, leurs noms de famille viennent tous de leurs formes animales : Sylvestre pour des chats, Norrois pour des chats norvégiens, Lupin pour des loups, Alba pour des chouettes effraies... et j'ai un Canisse en vrai. :-P
    Et comme Anne, je pense également que le nom influence parfois la personnalité de l'enfant. Donc je fais des deux. Jusqu'à maintenant, on ne m'a jamais demandé de changer, mais je ne suis qu'au début...

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  3. Nommer mes personnages me pose toujours des soucis, mais j'essaie autant que faire se peut d'éviter les "meaningful names". En fait, même ado je ne tombais pas là-dedans, par contre j'ai des amas de syllabes assez fascinants dans mes premiers écrits - avec trémas et apostrophes.
    En fin de compte, le nom ne me paraît désormais pas la chose la plus importante quand je crée un personnage, et je passe assez peu de temps dessus.
    Comme toi, j'ai néanmoins parfois un souci quand le perso arrive livré avec son nom, pour faire coller avec le contexte. Je me suis une fois ou deux fait violence pour changer le nom et arriver à quelque chose de plus cohérent...

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  4. C'est un article super intéressant, Oph ! Et les commentaires laissés dessus le sont aussi. :)
    (j'imagine Anne en train de batailler pour un prénom qui colle autant au "glamour" du personnage qu'à la réalité historique... ^^)

    Pour ma part, les prénoms ne me posent quasi jamais de souci. Mes personnages "arrivent" avec.
    Par contre, les noms de famille... ce n'est pas toujours gagné.

    Mon héroïne 2014 m'a beaucoup fait marrer, en tout cas, car ses parents ont quelque peu abusé et elle se retrouve affublée d'une combo prénom + nom qui va faire s'étouffer de rire l'acteur porno qu'elle va fréquenter... un comble pour une asexuelle.
    Ce qui expliquera son choix de préférer son deuxième prénom et d'avoir conservé son nom d'épouse après son divorce... choix très important dans l'intrigue que je prévois !
    (hâte de m'y coller, à ce projet)
    (enfin, il faut que je termine celui en cours avant même d'envisager de le scénariser...)

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    1. Dans la mesure où un de mes meilleurs potes s'est retrouvé homonyme d'une actrice parce que ses parents n'ont pas assez réfléchi avant de lui choisir un prénom, je sais que ce genre de situation arrive en vrai. ^_^

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  5. Je n'ai jamais vraiment compris ce besoin impérieux que possèdent certains auteurs de "nommer" leur personnage de façon "adéquate". Moi je m'appelle Sylvain, si on se réfère à l'étymologie, je suis donc destiné à vivre dans les bois avec une poignée d'elfes ? On me répondra que je ne suis pas un héros de roman, mais nos personnages non plus, où du moins, ils ne sont pas supposés le savoir. J'ai osé appeler mes personnages Tessa, Raymond, Robert, Théo, Shanice, Yusanko, Ambre... Je ne me suis jamais vraiment posé la question de savoir si le prénom était en adéquation avec l'histoire que je racontais. De même, ne pas appeler son personnage "Pascal" parce qu'il y avait déjà un personnage nommé Pascal dans son avant-dernier roman me paraît un peu réducteur (sauf si bien sûr les 2 bouquins forment une saga). Les livres reproduisent souvent une forme de réalité fantasmée par l'auteur, ce qui ne signifie absolument pas que cette projection doive être parfaite. Or, dans un monde parfait, chacun aurait un nom parfait, pèterait des nuages d'Eau de Cologne et ne défèquerait jamais... Bien sûr, tomber dans l'extrême inverse n'est pas bon non plus... Un Ivan'eil Lhaeagar'yen dans une cité du 93 ça le fait pas trop, de même qu'une lady qui passe 3 paragraphes aux toilettes tous les 2 chapitres parce qu'elle a ses règles... Il y a un équilibre narratif à trouver, le choix du nom en fait partie, mais je ne pense pas qu'il soit un facteur essentiel. J'avoue ne jamais avoir acheté un livre parce que j'aimais le prénom du personnage.

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    1. Et voilà !
      Suite à des attaques de bots, j'ai imposé la modération des commentaires sur les anciens billets, désolée pour la gêne occasionnée.

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