"Chez Parchemins & Traverses, le retard se construit jour après jour."
On ne relèvera jamais assez la justesse de cette maxime gracieusement offerte par l'ami Nicky. C'est ainsi que l'anthologie
Super-Héros !, tant de fois annoncée, n'est finalement sortie qu'en février 2010.
Au point où on en était, on ne saurait donc m'en vouloir si je ne l'ai lue que quelques semaines plus tard.

Petit rappel du mode de fonctionnement de Parchemins & Traverses : c'est une structure de passionnés, qui prennent de leur temps pour éditer de façon totalement bénévole des anthologies thématiques de littérature de l'imaginaire. On a donc du mal à leur râler dessus à cause de leurs retards.
Mais ça veut dire aussi que les auteurs publiés ne sont pas rémunérés.
Nonobstant, il y a du beau monde au sommaire : Don Lorenjy (Laurent Gidon, l'auteur des
Djeeb chez Mnémos), Jeanne-A Debats (multirécompensée pour sa novella
La vieille Anglaise et le continent chez Griffe d'Encre)... et aussi, moins connus du public mais keupains quand même, de vrais morceaux de Nico Bally, Jacques Fuentealba, Olivier Boile...
La plupart des noms me sont au moins vaguement familiers, en fait.
Bon, bref.
La première impression, quand on a le livre en main, est très bonne. La maquette porte haut les couleurs de son thème, entre la cape fièrement arborée par le titre et les biographies des auteurs sur fond personnalisé selon qu'il s'agit d'un super-écrivain ou d'une super-écrivaine.
Belle couverture, chouette maquette. Certaines illustrations sont un peu limites techniquement, mais je n'aurais pas fait mieux, alors je referme mon camembert.
J'ai marché à fond dans certaines nouvelles, un peu moins dans d'autres, mais j'ai été conquise par la qualité d'écriture globale, et sur le fond, à aucun moment je ne me suis ennuyée (comme ça a pu m'arriver au cours d'autres lectures dernièrement). Je me suis juste parfois sentie paumée, dans un empire byzantin décadent envahi de mots savants, ou dans un monde abstrait où les "zéros" passent d'un royaume à l'autre en fonction des idées des scénaristes.
À côté de ça, quand Karim Berrouka nous pond un monde parallèle vaguement steampunk avec une planète éclatée en deux faces séparées par une zone de vide, ça passe tout seul. Question de talent ?
Donric, si tu lis ceci, sache qu'il y a de vrais morceaux de Rogue dans une des nouvelles. Sans dire son nom, fatalement, propriété intellectuelle oblige.
Au rayon des temporalités défavorables, entre l'écriture et la publication de la nouvelle d'Oliv sur les Thermopyles,
300 est passé par là, ce qui fait qu'on n'arrive plus à lire le texte autrement qu'en sépia avec des mecs en slip qui beuglent "Ahou !"
Et pour clore proprement le petit clash que j'ai eu avec Timothée Rey, oui, j'ai eu la méchanceté de relever une maladresse stylistique, mais non, je n'ai pas trouvé sa nouvelle mal écrite. Au contraire, elle est excellente. Et pour écrire l'histoire d'un super-héros marmotte sans tomber dans le ridicule ni plier du papier alu, à mon avis, il faut une belle dose de talent. Chapeau bas, grand chef.
Si vous êtes l'auteur d'une des nouvelles dont je n'ai pas parlé et que vous vous demandez si je l'ai passée sous silence par pudeur, pour ne pas vous froisser, dites-vous que non. Si j'avais eu du mal à dire de votre texte, je ne me serais pas gênée. Je suis chez moi, après tout.
Super-Héros !
Anthologie dirigée par Mickaël Fontayne et Timothée Rey
Éditions Parchemins & Traverses
20 euros